Les peintres du silence

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Article signé René Deroudille du lundi 25 mars 1974

Article publié suite à l’exposition de la Galerie Henri Meyer à Lausanne

La « Musique Muette » louée par John Cage, est-elle devenue si nécessaire au milieu du grand fracas de notre siècle ?…

A cette question angoissée Etcheverry et Echarri répondent par la blancheur de leurs œuvres où la non-couleur se découvre en définitive, sinon la somme de toutes les teintes de l’arc-en-ciel, du moins comme le reflet singulier des phénomènes lumineux.

Accueillis avec infiniment de courtoisie et de chaleur par Françoise Thorin, animatrice delà Galerie Henry Meyer, Il Escalers du marché à Lausanne, à deux pas de la Palud et de Rumine, nous avons eu le temps de converser silencieusement avec les toiles d’Echarri et d’Etcheverry, toutefois, comme l’écrit quelque part le grand musicien U.S.A. « Le silence n’existe pas. Vas-t-en dans une chambre sourde et entends-y le bruit de ton système nerveux et entends-y la circulation de ton sang ».

Mais ne l’oublions pas le propos d’Echarri, et d’Etcheverry n’est pas identique à celui d’un compositeur de musique. Sollicités par les multiples interférences des formes et des couleurs les hôtes de Françoise Thorin retiennent seulement les apparences formelles sans tenir compte des phénomènes colorés.

Etcheverry exécute, comme sa compagne d’étonnants reliefs. Il ne tend pas systématiquement vers la troisième dimension. Il désire simplement atteindre l’épiderme des phénomènes en intercalant sur la presse les symboles qu’il tend à reproduire et le papier Japon préalablement humidifié. Disons que le résultat est d’une très grande qualité et que, dans le recueillement de la belle enceinte d’art lausannoise, on communie véritablement avec le poète. Ce qui apparaît le plus excitant c’est l’interrogation que l’on se pose pour « Savoir » comment Etcheverry a obtenu la genèse de « Solitude » une planche où l’on croit découvrir l’apparition de l’homme sur la terre au milieu d’une vastitude très éloignée d’un espace représenté. Car la valeur de la recherche d’Etcheverry est sans aucun doute de nous faire pénétrer dans son œuvre et de communier avec elle, peut-on à cet instant parler d’une interrogation proche de celle des surréalistes en particulier de Max Ernest questionnant dans ses « Histoires Naturelles » tous les matériaux mis à sa disposition en frottant sur leur surface, une feuille de papier au moyen d’une mine de plomb ?… On doit répondre par la négative car Etcheverry tout en refusant la méthode discursive entend entretenir avec son interlocuteur des échanges favorables. C’est la « Clôture » puis « L’homme et l’Univers », un tableau de méditation etc, etc titres tendant à prouver le facteur d’échange voulu par l’artiste. On remarque des tressages de papier, loin de ceux pratiqués par Rouan, mais guidés par une volonté proche, puis des reliefs, dont « L’Espace blanc » qui sonne son titre à l’exposition lausannoise.

En un mot voici un art encore « artistique » dont la valeur d’impact se trouve favorablement, à nos yeux, occultée. Echarri refuse les sensations attachées au glissement de la lumière arrêtée par les reliefs du papier. Un peu comme Krasno, dont l’œuvre i pour nous une très grande importance, l’invité de Françoise Thorin aima donner à la pâte à papier des formes dont l’importance relève de la sculpture.

Ainsi on a aimé particulièrement sa « Pyramide aux trous » magnifiquement mise dans une sorte de bocal en plastique, pyramide qui évoque les créations de Virduzzo, habitué de la Galerie Meyer. On voit aussi des compositions où la boule revient souvent comme un leitmotiv peut-être parce que l’estampage se révèle plus facile, plus à la portée de la main de l’artiste ou aussi parce que Isabel Echarri aime la perfection de la sphère.

Des tapisseries, dignes d’intéresser notre ami le cher président de l’A.l.C.A. René Berger, Conservateur du Musée Cantonal, montrent également l’intérêt des travaux de l’artiste.

Au théâtre Municipal, plongé, dans l’obscurité la plus totale, il nous a été difficile d’apprécier les costumes et les maquettes d’Echarri et d’Etcheverry exécutés pour les théâtres de Nantes, Nancy, Saint-Etienne, Tours, Istanbul, etc etc…

René Deroudille pour le Dauphiné Libéré, édition du Lundi 25 mars 1974 

1974-dauphine-libere

lausane

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