Dialogue ininterrompu

#1

Dialogue Ininterrompu, 1976 (Empreinte en pâte à papier) -Remerciement : Henri du Cray Lot n° 84 de la vente LECLERE du lundi 27 mars 2017 – 14h30 – Drouot

« Dialogue ininterrompu » est le titre d’une oeuvre d’Isabel Echarri de 1976.

« Les petites boules blanches expriment la vie, la procréation. Ce tableau, c’est le besoin de se retrouver, de parler, d’échanger, pour continuer à vivre. Dans cette composition abstraite, deux lèvres s’échappent de terres nourricières. Elles s’entrebâillent dans le besoin de libérer la parole symbolisée et fragilisée par le fil. Dans la diagonale, c’est la rencontre, sinueuse, entre des boules plus grosses. »

Isabel donne les clés de son vocabulaire. Il est fait de boules, de cercles, de rencontres, de persiennes et de colombes …

Depuis 1962, Isabel s’exprime principalement avec le papier.

Elle « martyrise » la pulpe pour la sublimer sous forme de reliefs torturés, d’empreintes d’un instant. Elle sculpte le papier avec le besoin incessant de relief pour sortir du cadre. Dans tous les cas, comme dans le papier sculpté « Verticalidad » des années 80, elle quitte toujours l’aplat pour la sculpture.

Dans « Verticalidad » elle fait douter le regardeur. Est-ce un visage avec deux yeux qui se dessine ?  Isabel confirme, assumant une référence aux lignes de ces masques d’art premier qu’elle affectionne tant.

#4

Verticalidad, 1990, Papier sculpté et technique mixte, Remerciement : Henri du Cray Lot n° 89 de la vente LECLERE du lundi 27 mars 2017 – 14h30 – Drouot

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La synthèse additive des couleurs

Le blanc, symbole de pureté, est une obsession « echarrienne ».

Le blanc s’exprime comme la somme de toutes les couleurs du spectre électronique.

« Le blanc » élitiste ? Pas le moins du monde, l’œuvre vivra d’ombres et de lumières. »

Les formes tantôt violentées, tantôt douces s’articulent autour des boules. Elles sont le symbole de la féminité, de la procréation. Au delà, elles expriment aussi  la vie, l’espoir mais aussi la mort.

Dans une des compositions, une boule trouve le refuge d’une main. « L’accueil » des années 60 tente de porter vie d’une main élevée bienveillante. Le bras offre une cueillette d’espoir.

L’Accueil, c.1960 – Empreinte en pâte à papier (Remerciement : Henri du Cray) Lot 71 de la vente LECLERE du lundi 27 mars 2017 – 14h30 – Drouot

Quand les boules se retrouvent, c’est la rencontre et la symbiose entre deux éléments.

Certaines oeuvres s’appellent donc « rencontre », « rencontres », « avant la rencontre », « après la rencontre » ou « séparation »

« Compositions aux boules blanches » de 1969 s’est appelée « Rencontre » pendant plusieurs mois avant qu’Isabel ne le renomme avec malice « Séparation ». Le nom figurant sur le catalogue danois et l’édition de novembre 1970 de Connaissance des Arts auront raison de nos questionnements.

#3

Composition aux boules blanches, 1976 (Empreinte en pâte à papier) -Remerciement : Henri du Cray Lot n° 84 de la vente LECLERE du lundi 27 mars 2017 – 14h30 – Drouot

Derrière les persiennes, les mains se frayent un passage d’un grand cercle. Elles ne se suffisent plus des seuls rais de lumières, ne supportent plus d’être entravées.

Ce tableau est à la fois un message d’enfermement et de liberté, comme dans « Jeux des mains ». Dans les deux oeuvres, Isabel joue avec le spectateur sur l’ambivalence entre l’espoir le désespoir.

Ces boules sont aussi l’expression d’un cloisonnement dont il faut s’extraire. Il y a ce besoin d’éclater le cercle, de le déchirer.

Dans la partie basse d’« Emociones Perdidas », tenue par deux mains, une boule est déchiquetée. Quelques mots d’un poème tentent de s’en extraire. Isabel exprime qu’aucun bâillonnement n’est possible. La liberté doit toujours triompher !

#5

Emociones Perdidas, 2000 – Empreinte en pâte à papier (Remerciement : Henri Du Cray) Lot n°92 de la vente LECLERE du lundi 27 mars 2017 – 14h30 – Drouot

Dans « Opus 14 – Delphine Seyrig » de 1986,  l’empreinte du visage de l’actrice écarte le cercle. Son aura ne pourra se satisfaire d’un quelconque enfermement. Le papier s’ourle, témoin de la persistance et de l’intensité du combat mené.

« C’est un regard, un seul moment que tu capte dans la prise d’un visage. Après, c’est fini. »

#8

Isabel Echarri, dans son atelier de Paris, devant Terre Blessée (en haut) et Terre blessée II (en bas), 1985 – Empreinte en pâte à papier Lot 87 et 88 de la vente LECLERE du lundi 27 mars 2017 – 14h30 – Drouot

Dans « Terre Blessée » et « Terre Blessée II », les cercles déchirés sont réparés. Ils sont recousus par le fil d’Isabel en signe d’une reconstruction permanente.

A la recherche de l’épure, « Blanc » des années 70 est monté sur un socle en métal patiné. La matière ressemble à un plâtre, mais c’est en fait toute la délicatesse du papier transfiguré qui apparait. Michel Conil Lacoste titrait l’un de ses articles « Les magiciens du papier blanc ».

Il y a donc certainement un peu de magie dans toutes ces œuvres.

Isabel s’en est séparé lundi 20 mars vers midi. Elle vivait avec certaines depuis plus de 50 ans !

« L’Accueil » des années 60 était à gauche de l’entrée de la cuisine. « Jeux des mains », « Opus 14 – Delphine Seyrig » et « Avant la rencontre » étaient dans la salle à manger.

Tout juste étaient-ils décrochés, qu’Isabel accrochait d’autres tableaux.

Les autres oeuvres de la vente étaient dans l’atelier. Le plus grand format, « Mains Entrelacées » était sur un chevalet. « Ascendance et Transparence » était posée non loin de la presse. D’autres oeuvres  étaient sur la mezzanine ou dans des cartons, protégées de la poussière

De l’absolue blancheur il reste beaucoup œuvres. « El tiempo perdido » de 1998 est immaculée. La persienne offre un demi cercle de larmes gravissant la peine. On distingue les yeux bien cachés.

#6

El tiempo perdido, 1998 – Empreinte et papier sculpté – (Remerciement : Henri du Cray) Lot 91 de la vente LECLERE du lundi 27 mars 2017 – 14h30 – Drouot

Alchimiste à ses heures, Isabel modifiait parfois sa « potion magique », sa mixture. Avec ses colles, ses pulpes elle testait les aléas du temps, créait une patine, offrait la chance de gagner des rides.

Les œuvres d’Isabel doivent dialoguer avec d’autres yeux, avec d’autres œuvres. Elles le font déjà chez elle avec celles d’artistes amis. Elle le font aussi chez des collectionneurs.

#7

Le relief « Rencontres » sur socle en métal patiné d’Isabel Echarri est entouré par un dessin de Keith Haring de 1983 et par la sculpture « In Situ » de Peter Downsbrough. Au dessus, un monochrome au bitume de Gabriel Leger

Un« In Situ » de 2013 de Peter Downsbrough répond au socle de du « Rencontres » des années 70 d’Isabel. Les teintes et formes des grosses boules de la compositions raccordent avec le Radiant Baby de Keith Haring de 1983.

L’ensemble est surmonté d’un monochrome en bitume du jeune artiste Gabriel Leger. Il tourmente la matière comme Isabel malmène sa pulpe de papier.

Les deux artistes se rencontreront prochainement, après la vente pour une éventuelle collaboration. Vincent Sator valide l’idée de rapprocher ces deux artistes que cinquante ans séparent.

Les œuvres de Paris, celles de Formentera seront plus heureuses en s’offrant aux quotidiens des collectionneurs.

L’art doit circuler, doit s’exposer pour que continue à vivre le travail d’Isabel.

Voyant s’éloigner le camion, Isabel est à la fois heureuse et inquiète.

Une année d’entretiens, de photographies, de films, d’archives sera livrée au jeu des enchères le lundi 27 mars 2017, à partir de 14h30.

Le tableau qui précède les lots d’Isabel est de Cyprien Gaillard. Sa toile de la série « The New Picturesque » est recouverte de blanc.

« L’accueil » est la première de la vente pour lancer les enchères d’Isabel.

La dernière oeuvre s’appelle « Jeux des mains ».

Isabel espère effectivement beaucoup de « Jeux de mains » dans la salle au fil des 24 lots de la vente.

Par Lionel Baert, le mercredi 22 mars 2017

#9

Isabel Echarri devant Emociones Perdidas avec sur la gauche Jaillissement de 1968

Catalogue LECLERE de la vente du lundi 27 mars 2017

Vidéo #1 : Les oeuvres de la vente

Vidéo #2 : Delphine Seyrig et le post Femmes, femmes, femmes

Vidéo #3: Jeux des mains

Vidéo #4 : Jaillissement

Vidéo #5 : Emociones Perdidas

Vidéo #6 : Composition aux boules blanches

Vidéo #7 : El tiempo perdido – Le temps perdu

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Inspiration #1  : A walk to eternity

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