Femmes, femmes, femmes

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Opus 14 – Delphine Seyrig, 1985 – Empreinte en pâte à papier, boite en plexiglass – 70 x 56 x 14 cm – Signé, exemplaire unique – Provenance : Atelier de Paris de l’Artiste – n°: #48

Une sensualité pleine, sereine.

-Des terres vierges qui s’entrouvrent.

-Des terres gonflées ; nourricières.

-Blancs sur blancs. Aube d’un monde.

Echarri en détruisant le papier pour en

refaire de la glaise première recrée,

réinvente, recommence la vie.

Plus, regardez mieux… des visages sourdre

des failles.

Des visages de femmes.

Et c’est la re-création du monde qui se perpétue ainsi.

Françoise Xenakis, pour l’exposition « Femmes » au Ministère des Droits de la Femme, 1986

 

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Empreinte de Françoise Xénakis

Le mardi 21 janvier 1986, au 53 avenue d’Iéna, c’est le vernissage de l’exposition « Femmes » du tout jeune Ministère des Droits de la Femme sous la direction d’Yvette Roudy, créé par François Mitterand en 1981.

Isabel y expose, seule, des oeuvres faites à partir du moulage du visage de femmes qui étaient, pour elle, représentatives de l’art ou de la société.

L’exposition durera du 21 janvier au 7 février 1986.

Isabel succède à l’artiste peintre Hélène de Beauvoir, soeur de l’auteure.

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De dos, Isabel Echarri, Yvette Roudy et Hélène de Beauvoir devant l’empreinte de Maria Casarès

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Delphine Seyrig devant son empreinte

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Line Weil-Curiel, avocate, la seule souriante durant la pose

– Je me souviens que Diego n’avait pas pu venir à l’accrochage parce qu’on travaillait sur le montage d’un opéra à Strasbourg. Je suis donc venue seule le samedi. L’exposition a ouvert un mardi. Il y avait des moyens formidables. La salle était immense. Au vernissage, il y avait ce gars-là qui est à Bruxelles et qui a fait beaucoup pour l’écologie. Son père était un antiquaire très connu. Diego, tu ne te souviens pas ? C’était lui le chef du gouvernement.

– Jack Lang !

– Mais non, lui était à Nancy, tu confonds tout ! Enfin, ça va me revenir. Le vernissage était très réussi, le buffet, beaucoup de personnalités et de journalistes. Ils ont surtout parlé du droit de la femme, de la création de ce ministère…. Fabius, c’était Fabius, Diego. Le chéri de ces dames…

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Se côtoient Betsy Jolas, compositrice franco américaine de musique contemporaine et commandeur des Arts et Lettres en 1985, Danielle Décuré, première femme pilote de ligne à Air France, Linda Weil-Curiel, avocate spécialisée dans la lutte contre l’excision, Christina Burrus écrivain et commissaire d’exposition, Colette Aubry, agrégée de lettres et militante au sein du parti socialiste ouvrier et paysan, Françoise Xénakis romancière et journaliste littéraire, Yvette Roudy elle-même. Et puis Maria Casares et Delphine Seyrig, comédiennes,

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Betsy Jolas, empreinte en pâte à papier

– Maria Casares, une Espagnole, une comédienne très connue à l’époque, surtout au théâtre. Son portrait a d’ailleurs été acheté par Mirimanoff. Elle m’a beaucoup parlé de Camus, Albert Camus, ils étaient très liés, très unis politiquement également. Avec Delphine Seyrig, tout a été parfait. A partir du moment où elle avait donné son accord, elle se rendait entièrement disponible. Tout s’est déroulé parfaitement. Au début, j’avais aussi essayé Juliette Greco, mais ça n’a pas marché. Elle habitait rue d’Alésia, je suis venue pour faire son moule. Elle n’a pas supporté, elle a tout arraché.

Il faut dire que pour faire un moulage, le visage est mis à nu, enduit d’une crème protectrice, puis la couche de plâtre est apposée.

– Je mets une paille dans chaque narine pour la respiration. C’es vrai que tout le monde ne supporte pas. Je me souviens que j’ai fait le masque d’un ami, il était quand même un peu inquiet. Pour le rassurer, je lui dis : si tu sens que ça ne va pas, tu me donnes une tape, comme ça. Alors, je lui ai mis le plâtre, et puis je me suis mise à travailler. Au bout de quelques secondes à peine, il m’a tapée et je me suis demandée ce qui lui arrivait. Il me tapait de plus en plus fort et moi je me demandais bien pourquoi il me tapait comme ça, j’avais complètement oublié ce que je venais du lui dire ! Quand je lui ai enlevé le plâtre, il était tout rouge ! Mais rouge !

Figuraient également dans l’exposition Femmes Colombe et Ines, les deux filles d’Isabel.

– Inès était représentative de la furie, explique Diego avec malice.

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Inès Etcheverry, fille d’Isabel et de Diego, devant son empreinte

– Elles sont mes filles et forcément porteuses de l’avenir de la femme, avoue Isabel. Mais tu vois, il y a une chose que je regrette vraiment à propos de cette exposition, c’est de ne pas avoir représenté la femme au foyer, celle qui n’est pas connue mais qui fait son boulot, qui s’occupe des enfants et qui appelle son mec Coco, celle qui a trimé toute sa vie pour les autres et qui n’a pas la reconnaissance sociale, même pas la retraite.

Par Dominique Dreyer, le 8 mars 2017

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