Et Peter Pan fait plouf !

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Les recherches réservent quelques surprises inattendues.

L’article de Michel Conil Lacoste détaille les conditions d’une édition du Salon Comparaisons.

Dans ses papiers, le critique a plusieurs fois salué le couple Echarri-Echeverry, mais cette année, c’est pout une toute autre raison qu’il parle d’eux.

La coupure n’est pas datée !

Après avoir cherché dans le texte un indice, on retourne la coupure.

Le verso livre une clé précieuse : les programmes des salles de cinéma.

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Peter Pan virevolte jusqu’à nos yeux, mais il fait plouf !

Vérification faite, le film date de 1953 et le salon Comparaisons de 1955.

Le Petit Baigneur avec les inénarrables Branquignols et Louis de Funès est sorti en 1968 !

Dans la Chaleur de la Nuit confirmera l’information. Sorti aux Etats-Unis en 1967, le film est sur les écrans en France en 1968 couronné par un Oscar.

Le papier date donc de 1968. Il ne reste qu’à se concentrer sur l’année 1968 dans les archives du Monde pour que d’une manière définitive le jeudi 4 avril 1968 devienne l’évidence.

Ce 4 avril, le pasteur Martin Luther-King vient d’être assassiné à Memphis. C’est aussi le début de l’agitation dans les lycées. Un mois plus tard ce seront les barricades et les pavés de 1968.

C’est une toute autre « révolution » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.

Le couple Echarri-Etcheverry participe au Salon Comparaisons chaque année entre 1962 et 1967 dans le groupe d’art expérimental. Diego en hérite en 1966, succédant à Marc Boussac.

En 1968, le « nouvel attelage » du Salon Comparaisons « décide » de supprimer cette salle importante. Diego évoque la jalousie vis-à-vis de ce groupe qui ferait de l’ombre aux autres, par l’audace de ses propositions.

Le couple fait donc les frais de cette bataille.  Ils s’éclipsent du salon, mais pas des colonnes du Monde. A la place, le couple exposera à Art et Prospective !

Tiens, au Royal Hausmann, on joue Quel Pétard !

Voilà qui traduit bien l’état d’esprit de Michel Conil Lacoste.

Il est en pétard !

Il n’est pas du tout content de la disparition de la salle expérimentale requise par Echarri-Etcheverry. C’était, selon ses propres termes « un pôle d’attraction de la manifestation ».

Salon Comparaisons – Grand Palais du 15 au 19 février 2017 

Par Lionel Baert, le 10 février 2017

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Article paru dans Le Monde du 4 avril 1968, signé M. Conil Lacoste

Au Musée d’Art Moderne

Nouvel attelage à « Comparaison »

Les derniers avatars de « Comparaisons » sont, il faut bien le constater, assez déplaisants. Dès sa création, en 1955, le propos était évident : en juxtaposant, sous couleur de confrontation et d’objectivité, une série de micro-salons correspondant chacun à une tendance spécifique (figuratifs, constructivistes, abstraits lyriques, surréalistes, trompe-l’œil, etc.), il s’agissait en fait de cautionner la tradition la plus timorée et les produits les plus médiocres — qui constituaient le noyau de la manifestation — par quelques expressions plus vivantes et plus dynamiques de l’art actuel.

Au cours des dix ou douze années suivantes, sous la houlette d’une présidente alerte et conciliatrice, Mme Bordeaux-Ie-Peck, ce régime se maintint, non sans quelques remous ; mais au total, chacun y trouvait son compte : même si 30 % des envois plus ou moins intéressants, parfois d’excellent niveau, servaient d’alibi à 70 % de peintures et de sculptures allant de l’honnête à l’exécrable, certains artistes valables, mais encore peu connus, ne dédaignaient pas cette occasion de se manifester. Mieux encore, pendant plusieurs années on assista à la constitution de salles représentant des tendances limites ou en gestation, sous l’impulsion de quelques chefs de file ayant le sens de l’équipe, des apparentements. des convergences inaperçues, qu’ils ont ainsi contribué à canaliser, à fixer, à révéler.

Tel a été le cas, notamment, pour la salle expérimentale créée par Boussac, et qui, dans l’ambiance « blanche », constitua le banc d’essai d’un nouveau recours au papier, en particulier des reliefs et de la peinture « tactile » de Boussac et de Bischoffausen des expériences audacieuses où Kowalski roda ses premiers asservissements de la technologie à l’esthétique, etc.

Or, voici qu’à la suite d’une crise à multiples épisodes la présidence, cette année, change de main, que les milieux les plus conventionnels du Salon sont au pouvoir et qu’un certain nombre d’exposants dont la présence autorisait cet équilibre à intérêts réciproques plient bagage, estimant impossible de se manifester plus longtemps dans l’ambiance nouvelle. C’est ainsi que disparaît, notamment, la salle « expérimentale » qu’avait requise le sculpteur Etcheverry, après Boussac, et qui était un pôle d’attraction de la manifestation.

Contreparties

En contrepartie, on aura, cette année, un tableau objectif (le sous-verre, semé de violettes de Parme, de Mariotti, dégage, à la demande, un parfum pour midinette) ; une salle particulièrement amusante de praticiens du « trompe-l’œil » sur le thème de la « foire aux puces » (Cadiou, Yvel, etc.) ; une série d’hommages à des artistes récemment disparus — ils sont très nombreux cette saison : enfin, une double salle de lettristes.

Ces derniers voient ainsi aboutir une longue revendication, et crient victoire, acceptant sans complexe le voisinage avec « les tendances les plus éculées ». Lemaître, pour sa part, expose un buisson de métal, fait d’une conque de copeaux de métal en feuilles de houx fermés sur un espace éclairé par intermittences. Rien de particulièrement lettriste dans cette élaboration, et la récapitulation de son œuvre, que le même artiste-écrivain avait organisée. il y a quelques mois, près des Puces, était plus révélatrice. A ses côtés, on verra des compositions de Kolarl (relief), de Zenderoudi, de Spacagna, toutes élaborées sur le même principe de la composition cumulative de lettres, de chiffres ou de signes.

Isou, quant à lui, affiche, à côté d’une composition à multiples registres, le manifeste de l’« hypergraphie kladosique », et de l’« exploration amplique » qui ajoute ses ressources à celles de l’« exploration ciselante ». Texte intéressant, lorsqu’on y découvre, au passage, la formule suivante : « L’ensemble des arts considérés comme les domaines d‘organisation émouvante de tous les matériaux possibles », mais un peu inquiétant par la prétention de l’« hypergraphie amplique » à embrasser « dans chacune de ses œuvres ». la « totalité » des philosophies, des sciences et des techniques appliquées…

Les hommages commémoratifs s’adressent à Yvette Aide (texte de Chabanon), à Narcisse Belle (texte de Maximilien Gautier), à Jarnet (texte de Charmet), à Savitry, au sculpteur Raymond Veysset (texte de Gisiger), à Pressmane (texte de Dornand), et à Antonio Bandeira (texte de Denys Chevalier), dont la brusque disparition, cet automne, a navré quantité d’amis. Autour d’une de ses toiles — légère, allègre, excellente — César. Penalba, Vieira da Silva, Poliakoff. Cardenas, Francis Boit, d’autres encore ont disposé chacun une œuvre.

Un sculpteur bien connu, réfractaire aux nouvelles orientations du Salon, a préféré disposer un bouquet de fleurs des champs sous la toile de « Tonio ».

Michel CONIL LACOSTE

Le Monde du Jeudi 4 avril 1968

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