« Enrichissons-nous de nos différences mutuelles ! »

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A sa création en 1956, le Salon Comparaisons se déroule sur les cimaises du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris affichant cette devise empruntée à Paul Valéry.

A l’époque, s’opposent d’une manière animée les partisans de la  figuration à ceux de l’abstraction.

« Ce salon a beau ne pas être le plus sélect de nos salons » comme l’écrit le critique du Monde dans son édition du 11 mars 1966 (ci-dessous), il n’en reste pas moins que de nombreux artistes, aujourd’hui reconnus et recherché, y ont exposé : André Lhote, Antonio Tapies, Poliakoff, Matta, Arman,Yves Klein, Vieira Da Silva, Alechinsky, Lindström, François Morellet, Utrillo, Vlaminck, Chaissac, Raysse, René Magritte, Jean Messagier, Mimmo Rotella, Man Ray, Picasso, Salvador Dali, Antoni Clavé, Van Dongen, Christo, André Masson, Bernard Buffet, Olivier Debré César, Villeglé Niki de Saint-Phalle, Atlan, Hains, Lanskoy, Klasen …

L’originalité du salon est de fonctionner sur le principe de groupes. Pour sa toute prochaine édition (du 15 au 19 février 2017), la verrière du Grand Palais accueillera 28 groupes et tout autant de commissaires d’exposition  :

En 1966, Diego Etcheverry succédant à Marc Boussac était responsable de la Salle Expérimentale.

Le 11 mars 1966, si le critique Michel Conil Lacoste du Monde vilipendait la médiocrité de la sélection, il saluait par contre la sélection de Diego  avec « l’attraction est ailleurs »!

En 1967, dans les mêmes colonnes, le même critique saluera d’Isabel Echarri la « sculpture sonorisée et signalisée spécialisée dans l’application de fréquences audiovisuelles ! » 

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Au Salon  « Comparaisons »

Ce n’est pas, et de loin, le plus « sélect » de nos Salons ; on s’y bouscule dans une promiscuité de bon aloi, et d’ailleurs l’état des murs et des plafonds de la partie du Musée municipal d’art moderne qui l’abrite ne se prête plus guère aux présentations raffinées. On peut y trouver, sans trop chercher, le pire. Mais c’est aujourd’hui un Salon animé qui pourtant a surgi, il y a maintenant un certain nombre d’années, des milieux les moins aventureux de la peinture. Peu à peu, sous le couvert d’une formule expéditive mais ouverte — celle de la « comparaison », — les oppositions se sont accusées, l’éventail s’est ouvert, l’accueil de plus en plus libéral aux tendances extrémistes a rameuté de proche en proche quantité d’artistes qui n’avaient guère ailleurs l’occasion de tester le public.

Une certaine bonne humeur, un ton sans façons qui multiplie à plaisir traits, proclamations, protestations, mises au point, la distribution des salles à des responsables qui ne se font pas scrupule d’« inviter les camarades », ont fait de la confrontation primaire des débuts une tranche vivante de ce qui se peint mais aussi s’élabore, s’assemble et se triture parfois dans les ateliers les plus improvisés et les plus frustes de Paris. Il fallait Mme Bordeaux-le-Pecq et le Salon Comparaisons pour parvenir à cette tour de Babel qui va pratiquement du populisme jusqu’à l’art expérimental le plus outré.

On retrouve chaque année la tendance autrefois dominante, celle d’une figuration béate, plus ou moins talentueuse, dédiée à la diversité du monde et à la couleur, trop occupée et délectée de peinture (parfois de la pire) pour mettre en cause le sujet. A l’autre pôle de la peinture-qui-reste-de-la-peinture, les abstraits conservent des cimaises serrées. Certaines salles sont plus composites : le peintre Jean-Pierre Vielfaure, par exemple, a regroupé des baroques, des post-surréalistes et des fabricants d’objets (respectant à peu près, ceux-là, les deux dimensions) comme Kalinowski (l’Ecrin d’Osiris) ou le Tchèque Vozniak, qui nous inflige un assez terrifiant relief.

On célèbre, ici et là, les morts, petits et grands : Lurçat, Aujame, Durand-Rosé, ancien cheminot marseillais converti à la peinture, qui s’exprimait dans un populisme sombre (1887-1962).

Chaque année « Comparaisons » se complique d’une sorte de jumelage diplomatique, générateur de beaux périples à la suite de la session parisienne : l’an dernier c’était le Brésil, cette année ce sera Tokyo. La sélection japonaise occupe la salle d’honneur ; on en fait le tour assez vite. Le typique y alterne avec l’horreur, sous des plafonds dégradés qui achèvent de consterner mais qu’on ne saurait reprocher aux organisateurs… Les meilleurs Japonais sont épars, il faut le dire, dans les salles ordinaires (Key Sato ou Kudo, qui, lui, au moins, élève l’horreur au niveau du grand art, avec ses nez coupés et ses débris d’anatomie desquamée mis en cage, auxquels il donne à manger d’heure en heure). Plus loin, au-delà de salles assez médiocres, l’intérêt revient quelque peu avec le coin lettriste, la salle en noir et blanc et, côté art visuel et expérimental, les « lunettes pour vision autre ».

Mais l’attraction est ailleurs. On la trouve dans la salle expérimentale d’Etcheverry (qui succède à Boussac), autour de Kovalsky, Singer, Boussac, Chavignier, Bishoffshausen, les frères Baschet, Piza, Rast, et dans la salle de Jacques de la Villeglé, à ne pas faire visiter aux enfants de Marie (Grand Aliment blanc de Malaval, Tableau- Piège de Spoerri, Crypto-Peinture de Naves).

Un peu plus loin, les artistes du trompe-l’œil (Yvel, Ducordeau, Malice) entourent leur maître à tous, Cadiou, qui a mis cinq cent soixante- dix heures à exécuter sa Femme invisible.

(Musée d’art moderne de la Ville de Paris, avenue Wilson, jusqu’au 27 mars.)

Michel Conil-Lacoste.

Critique d’Art Moderne et Contemporain a écrit dans les colonnes du journal Le Monde de 1953 à 1975 (Le Monde des Arts).

 

 

 

 

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