Le nouveau visage de l’estampe

nouveau-document-128_1Depuis le 17 janvier, l’offensive Tempête du désert a démarré. Ce début d’année 1991 est évidemment marqué par la Guerre du Golfe.

Quel impact cela aura-t-il sur le marché de l’art ? Quelles seront les incidences ? L’article dresse un premier bilan post Fiac.

Ce mardi 29 janvier, dans les allées du Grand Palais, tout le monde parle de la démission de Jean-Pierre Chevènement des fonctions de Ministre de la Défense, de la phrase qu’on lui attribuera « un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule ».

10 jeunes artistes français sont exposés au Saga par la Fondation d’une marque de cigarette. Ces jeunes artistes comptent Alberolla, Blais, Di Rosa, Favier, Garouste, Le Groumellec et Pincemin.

Dans quelques semaines, au Grand Palais, les tableaux laisseront la place à d’autres oeuvres.

Ensuite, ce sera le temps des livres …

Pour l’heure Isabel Echarri est sur le Stand E23 de la Galerie Michelle Broutta.

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280px-logo_du_quotidien_de_parisSupplément sur SAGA 91 au Grand Palais du Mardi 29 janvier 1991

De quoi le Ve SAGA sera-t-il fait ?

Nous nous posions la même question, rappelez-vous, il y a quatre mois, avant l’ouverture de la FIAC ; et nous pouvons nous donner la réponse : dégâts limités à environ 25 % de récession, c’est-à-dire moins qu’on avait craint. Il est vrai que nous n’étions alors qu’en « logique de guerre ».

Le SAGA s’ouvre dans un climat autrement houleux, pris dans la double tempête de la récession, depuis huit mois, du marché de la peinture et, depuis l’été, des événements du Golfe.

Pendant ce temps, les peintres continuent de peindre, les graveurs de graver et les éditeurs d’éditer.

Mais on ne doit pas amalgamer le marché du tableau avec celui de l’estampe, les liens qui les unissent sont assez lâches pour permettre à chacun de suivre son chemin propre. Ou ses chemins ; l’évolution prochaine de l’estampe se trouve en effet devant une bifurcation contradictoire. Deux cas peuvent se présenter.

Première hypothèse, on sait que l’estampe suit, avec un décalage de plusieurs mois, la cote des tableaux. La logique serait donc de voir baisser, d’ici à la fin de l’année, les prix des abstraits, des néo figuratifs et autres graffitistes … dont les œuvres trônent pourtant aux cimaises du Grand Palais. Dans ce cas. il serait bien sûr fortement déconseillé d’en acquérir !

Second cas de figure : dans le climat de méfiance et d’incertitude, les amateurs, n’osant plus investir dans des toiles de maître, peuvent se rabattre sur l’estampe, moins risquée, et les prix pourraient alors s’élever. C’est donc le moment d’acheter !

Pour concilier ces perspectives opposées, il faut savoir de quoi on parle et à quel niveau on se place.

Le marché de l’estampe est en fait, à deux vitesses.

En haut, les pièces très connues de peintres très célèbres, comme Picasso. Matisse, Munch. Warhol. Jasper Johns… qui dépassent les 100 000 F et parfois le million, et pour lesquelles on peut parler d’investissement. Ces œuvres-là, recherchées des amateurs et des musées du monde entier, sont, ou plutôt étaient, devenues, ces dernières années, objets de spéculation, au même titre que les tableaux. Mais leurs acquéreurs sont peu représentatifs de la clientèle habituelle des galeries d’estampes.

Bernard Gheerbrant, fort de plus de quarante ans d’expérience à la tête de sa galerie La Hune, constate que, pour un particulier, l’estampe est la première approche de l’œuvre originale, juste après le livre d’art, le premier achat du collectionneur débutant, rassuré peut-être par le caractère de multiple, mais surtout par la modestie des prix. Beaucoup de petits formats ne sont-ils pas accessibles à moins de 1 000 F ? Des œuvres de jeunes artistes encore peu connus, bien sûr.

Mais, pour ce prix-là, on n’a pas affaire à une litho à tirage pléthorique, mais à une véritable œuvre d’art. L’estampe « de création » contemporaine, telle qu’on la voit au SAGA, ou dans les bonnes galeries spécialisées, n’a que peu de rapports avec les gravures des XVIIIe et XIXe siècles, ni avec la litho grand public proposée un peu partout. D’abord, elle est de moins en moins un multiple. Il n’y a pas pour l’estampe, comme pour la sculpture, de limitation de tirage imposée par la loi, mais une limitation volontaire des artistes et des éditeurs, qui va rarement au-delà de cinquante à soixante-quinze exemplaires.

Alechinsky, comme Tapies, tirent à soixante-quinze, Magnelli à cinquante, Arroyo à quarante, Lindstöm à une vingtaine. Mais la tendance actuelle se situe autour de dix ou vingt exemplaires, moins de cinq parfois. Le Floch se limite à vingt, Alfredo Garzon à dix, Favier à un peu moins. Histoire de ne pas galvauder leur signature, et par réaction contre les innombrables abus des années 1970.

L’autre tendance consiste à faire de chaque épreuve une œuvre unique, ou du moins pas tout à fait semblable à la précédente, en ré-intervenant, soit sur la planche, soit sur l’image.

Le premier, Picasso, a fait des accrocs dans les techniques consacrées, au sens propre du terme, en attaquant au canif la pierre lithographique, ou en la parsemant de traînées de Seccotine. Adam et Soulages s’acharnent à retailler selon leur fantaisie les contours de la plaque de cuivre, afin de briser la séculaire « cuvette » rectangulaire. Magnelli invente la gravure au linoléum, Domy superpose les plaques de métal, Kijno estampe sur papier froissé, Garzon, après tirage, découpe et superpose, ces différents procédés donnant des effets de relief totalement étrangers à l’estampe traditionnelle.

De moins en moins multiple, celle-ci devient en outre de moins en moins plate. Multiple ou non, une estampe est une œuvre d’art qui ne s’achète pas à l’aveuglette. Même si elle se choisit d’abord sur un coup de cœur ; pour qu’il ne se traduise pas par un coup de fusil, il faut connaître la cote de l’artiste. Chose assez simple chez un marchand d’estampes proposant un choix d’œuvres du même artiste. Cet éventail permet aussi d’apprécier la qualité de chaque épreuve (le premier critère de choix, en fait). Chaque fois qu’il en existe un, on consultera également le catalogue raisonné. Qu’elle soit d’un peintre réputé ou d’un artiste débutant, l’estampe doit être signée au crayon, et marquée d’un double chiffre indiquant le numéro d’ordre et le nombre du tirage. Ce second chiffre compte plus que le premier (il est préférable de choisir un petit tirage). Mais certains collectionneurs attachent une grande importance au numéro proprement dit, comme le sept, chiffre réputé faste, ou le fatidique treize, que certains refusent et que d’autres recherchent activement ! Quoi qu’il en soit, le SAGA s’affirme depuis cinq ans comme un salon hautement sélectionné des professionnels les plus qualifiés, français et étrangers.

Parmi les cent cinquante exposants, vous serez sûr de tirer le bon numéro !

Par François Deflassifux

1991-quotidien-de-paris-saga

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