Comparaisons, 1967

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Au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris,  l’année 1967 commençait par une déclaration en forme de provocation par les artistes du mouvement BMPT :

Buren, Mosset, Parmentier, Toroni n’exposent pas !

Après une justification, en dix points, de déclaration d’amour ou de guerre à la peinture, le mouvement concluait en lettres capitales :

« NOUS NE SOMMES PAS PEINTRES » constatez-le le 3 janvier 1967

Dans les dates clés du Musée d’art Moderne de la Ville de Paris, 1966 marque un tournant :

« En 1966, est créée, au sein du Musée d’Art moderne, la Section ARC « A(nimation), R(echerche), C(onfrontation) ». Pensée par Piotr Gaudibert (alors Conservateur des Musées de la Ville de Paris), François Debidour (sous-Directeur des Beaux-Arts) et Bernadette Contensou, cette structure instaure une nouvelle relation entre le musée et les artistes. Son ouverture vers l’international en fera une référence incontestable. » 

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Le happening de BMPT répondait à cette orientation de faire du MAM un haut lieu de création, d’exposition contemporaine.

Quant au mouvement BMPT lui-même, il stoppe net en 1967 avec le départ de Parmentier. Celui-ci cesse de peindre pendant 15 ans. C’est probablement le caractère radical et éphémère du mouvement BMPT qui en fait toute l’intensité. Comment une démarche sur quelques mois peut-elle marquer encore cinquante ans plus tard.

Créé en 1966, dissous en 1967 !

Le musée signe une rupture avec une forme de conservatisme  d’accueillir aussi radicalement les bandes de Buren, les traces de Toroni, le minimaliste de Mosset, le « négativisme » de Parmentier.

En 1955, Yves Klein propose un tableau monochrome  « Expression de l’univers de la couleur mine orange « .  Le finalement mal nommé  Salon des Réalités Nouvelles a lieu au musée d’art moderne de la Ville de Paris. Le tableau est refusé au prétexte qu’il faut ajouter une seconde couleur, un point ou une ligne. Yves Klein refuse, convaincu que la couleur pure  représente « quelque chose » en elle-même.

Isabel soutiendrait fermement la même conviction avec LE BLANC !

En 1967, ma pression est évidemment importante pour tous les artistes exposés au Salon Comparaisons.

A 38 ans, Isabel n’est plus tout à fait une jeune artiste.

Depuis deux ans, Diego Etcheverry a hérité de la salle d’exposition de Marc Boussac, la plus animée du salon.

Isabel expose une sculpture sonorisée et signalisée. Signalisée et surtout signalée par l’article à la plume acérée de Michel Conil Lacoste du Monde.  Le critique note « l’intéret se concentre sur … » suivi des oeuvres des artistes trouvant grâce à ses yeux incluant la proposition d’Isabel.

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L’article pourrait faire passer les critiques d’art les plus sévères d’aujourd’hui pour de doux agneaux.

Nous vous invitons à lire l’article dont voici quelques extraits :

 » … l’essentiel des salles est composé de toiles figuratives du niveau des « Indépendants » ou des « Peintres-témoins », d’une démoralisante médiocrité »

« Nous avons même droit, cette année, au « mec art » (sic), dont on a bien voulu nous affirmer, sans rire, qu’aux dernières nouvelles il était en train de ne faire qu’une bouchée du « pop » aux Etats- Unis, qu’il fallait suivre son temps et qu’au demeurant le « mec » est plus « propre » que le « pop »… »

 » mais alors qu’au Grand Palais on nous montre des milliers de barbouilleurs à peu près tous figuratifs, pour la plupart sans intérêt, — ce qui est après tout un élément d’unité additionnel, — ici quatre centaines de peintres, sculpteurs, assembleurs, où quelques bons éléments peuvent côtoyer les pires, sont censés couvrir tout le spectre de la production actuelle, de la figuration à l’abstraction et au-delà. »

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Sculpture électronique d’Isabel Echarri

Article du Monde de Michel Conil Lacoste, paru le 24 mars 1967

Comparaisons  1967

Ne se laisse comparer que ce qui est partiellement compatible. En ouvrant aux extrêmes un éventail réduit à moins de cinq cents artistes, « Comparaisons », cette année encore, nous propose une table des matières et des formes tout à fait lacunaire qui n’a rien à voir avec la présentation de « toutes les tendances de l’art plastique actuel » dont se réclame le catalogue..

Cette falsification de la conjoncture est d’autant plus accentuée que l’essentiel des salles est composé de toiles figuratives du niveau des « Indépendants » ou des « Peintres-témoins », d’une démoralisante médiocrité, qui accapare l’espace en le retirant à une démonstration plus complète et plus réfléchie de la situation.

Le principe de la répartition par tendances est le même qu’aux « Indépendants » : mais         alors qu’au Grand Palais on nous montre des milliers de barbouilleurs à peu près tous figuratifs, pour la plupart sans intérêt, — ce qui est après tout un élément d’unité additionnel, — ici quatre centaines de peintres, sculpteurs, assembleurs, où quelques bons éléments peuvent côtoyer les pires, sont censés couvrir tout le spectre de la production actuelle, de la figuration à l’abstraction et au-delà. Nous avons même droit, cette année, au « mec art » (sic), dont on a bien voulu nous affirmer, sans rire, qu’aux dernières nouvelles il était en train de ne faire qu’une bouchée du « pop » aux Etats- Unis, qu’il fallait suivre son temps et qu’au demeurant le « mec » est plus « propre » que le « pop »… A l’étage le plus artificiel de la culture, et dans le domaine de l’ « histoire immédiate » de l’art, le mouvement artistique en est venu à se ramener à un duel d’onomatopées.

Le visiteur se promènera donc de l’abstraction « baroque » à l’abstraction géométrique, du paysage tout-venant aux naïfs et praticiens du « trompe – l’œil », où Cadiou et Yvel sont maîtres : on a envie de passer les doigts derrière le fusil d’Yvel, de s’en saisir et de l’arracher à son râtelier («Gott mit uns»). Rayon surréaliste ou surréalisant : voyez autour de Vielfaure, les envois de Kalinovski, Biasi, Harrich, Klang, Van Bredem, Ikewada ; — rayon abstraits ou apparentés, on retrouve Hultberg, Norman Bluhm, Piaubert, Raza (facture allégée), Miotte, Corneille, Vulliamy, — mitoyens d’un groupe « du thème de l’Eté » où sont rassemblés les figuratifs les plus sensibles : Hayden, Legueult, Bolin, Bezombes, non loin des frontaliers comme Mme Bordeaux le Pecq ou Willy Mucha, et d’abstraits « froids » comme Edgar Pillet ou ce Japonais au nom redoutable qui fait des reliefs à disques : Kawarabayashi. Au passage, des sculptures : Luba, Kano, Françoise Salmon, qui a décapité avec ressemblance l’ami Barotte.

Abstraits, encore, mais à l’autre extrémité du cycle : Lattanzi (avec une œuvre sémantique), Duvillier, Aeschbacher, qui a beaucoup élargi ses thèmes, Baerwind, Compard, à égale distance des sages natures mortes de Chapelain-Midy, de la réalité fantastique de Marie-Laure ou de Dado, et des outrances tridimensionnelles de Lemaître (bétonneuse à faire des poèmes), Ben, Theodoros, etc. A proximité, un groupe uniquement réservé au dessin ménage une halte de qualité : Claude Georges (très beau graphisme), Istrati, Masurovsky, Sonderborg, Viseux, écriture à lacunes de Seuphor, et deux ravissants dessins à la plume de Bryen,  qui occupe également la cimaise un peu plus loin, en collaboration avec J.-L. Brau, dans une facétie photographique intitulée : «chapothéose ».

Etablissements Boussac, Etcheverry successeur : il y a deux ans que ce dernier a hérité de Marc Boussac la responsabilité de la salle la plus animée de « Comparaisons». Comme lui, il se mesure à une matière délicate, le papier, pour le découper, le déchirer, l’estampiller comme de l’hostie. Rodolfo Krasno est aussi un maître du papier : il l’a pressé lui-même, pour réaliser son livre-objet géant et très simple intitulé Maraganèse, sur trois poèmes de J.-Cl. Lambert, enfermé dans une boîte de papier buvard et résine synthétique en forme de crâne de saurien. L’intérêt se concentre sur les boules asservies de Lijn (elles ne tomberont jamais de leur plateau tournant), la sculpture sonorisée et signalisée d’Isabel Echarri (spécialisée dans l’application à la sculpture des fréquences audio-visuelles), les recherches de Frédrikson (ou de Mallory, dont les renversements de mercure font penser à ceux, de Salle, de Yolande Fièvre), les reliefs en sculptures de Boussac et de Chavignier.

Au rez-de-chaussée, quelques invités danois jettent la note diplomatique, et la collection d’art mélano-polynésien de M. Michoutouchkine, artiste peintre, la note ethnographique. M. Michoutouchkine n’est ni ethnologue ni historien ou négociant en arts sauvages ; mais, fixé aux Nouvelles – Hébrides, il a beaucoup voyagé dans les archipels du Pacifique, en Nouvelle-Calédonie, en Nouvelle-Guinée. Il est peintre aussi. De ses randonnées, il a rapporté une grande quantité de beaux objets — du faitage de case au tapa, en passant par l’accroche-panier, le bouclier d’apparat et le poteau funéraire, — ainsi que des tapisseries de son ami M. Pilioko (Wallis). Cette annexe inattendue au Salon donne plus d’attrait à la visite.

« Comparaisons », d’autre part, présente quelques sculptures récentes d’André Bloc, en hommage à la mémoire de ce pionnier des formes modernes et de l’architecture – sculpture monumentale, fondateur en 1930 de la revue Architecture d’aujourd’hui, récemment disparu au cours d’un voyage en Inde.

M. CONIL LACOSTE

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