Au-delà des barricades

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Isabel Echarri et Diego Etcheverry

Aujourd’hui, au hasard de la conversation, nous évoquons mai 68. La belle époque. Celle où Diego était le roi de la tactique pour survivre aux manifs.

Isabel :  il fallait courir très vite. Il partait à toute vitesse loin devant.

Diego : Pour voir comment les forces de l’ordre s’organisaient.

Isabel : Et il revenait à toute vitesse. Pour échapper aux CRS ! Oui, mais il nous dépassait à toute vitesse aussi et nous on était comme des cons.

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Diego Etcheverry

C’était aussi l’époque du studio de la rue Gay Lussac qu’Isabel avait acheté. Le studio mitoyen était occupé par Charles Estienne, ami et grand critique d’art contemporain. Ils accédaient chez eux chacun par un escalier différent. Ce qui faisait que Charles enjambait le balcon pour venir dîner. Isabel avait obtenu le téléphone et quand elle recevait un appel pour Charles elle le prévenait en frappant le mur mitoyen avec un gros caillou.

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Charles Estienne

Isabel : C’était un ami, un grand ami. Nous étions allé avec lui au Centre Américain, le boulevard….Boulevard Raspail. Voilà. Il y avait une pièce de théâtre avec un décor inspiré d’un tableau de Klee, l’escalier avec une boule. Dans le décor la boule descendait l’escalier tout le long de la pièce. Charles s’est dressé tout à coup au milieu du spectacle et il a hurlé que c’était une atteinte scandaleuse à l’oeuvre de Klee. La pièce a été interrompue, tout le monde s’est retrouvé dehors.

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Charles Estienne en vacances avec la famille Echarri-Etcheverry à Ibiza, en 1964 

Il était comme ça, Charles, un peu… un peu…. Provocateur ?Oui, il aimait s’exprimer avec force. Diego aussi, il avait tendance à crier beaucoup quand on travaillait sur les scénographies au théâtre.

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Maquettes en instance de rejoindre la BnF

L’intéressé se redresse sur son fauteuil, un petit sourire satisfait se dessine et plisse légèrement les yeux sombres. Il hausse modestement les épaules.

Diego: Il fallait les bien les secouer un peu pour qu’ils comprennent.

Isabel : Oh mais Diego, tu aimais beaucoup faire des scènes ! Il n’y avait pas un soir où tu ne faisais pas un esclandre, pas un soir.

Diego baisse les yeux, faussement pataud. Son petit sourire s’est élargi, il se souvient de ce temps-là où il était jeune et colérique.

Diego: Il fallait se battre.

Isabel : Oui, mais il faut dire que c’était dans ton caractère. Moi, je dois reconnaître que je n’ai jamais su m’imposer, défendre mon travail ou même le valoriser. Je n’ai jamais eu suffisamment confiance en moi.

Il y a du regret, une certaine forme de tristesse qui semble refermer sur lui-même, dans l’aveu, le visage d’Isabel. Elle me désigne une toile gris métallisé accrochée dans l’entrée.

Tu vois, Neiman, il n’a jamais eu aucun marchand, aucune galerie. Il ne voulait personne, il vendait lui-même ses toiles. Il savait le faire.

Isabel : Oui, c’est un talent. Moi je n’ai jamais su.

Elle a un sourire navré et regarde la toile de Neiman à nouveau, pensivement.

Dominique Dreyer raconte un de ses entretiens avec Isabel

Vendredi 18 novembre 2016

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