« J’en deviens folle ! »

sudre-portrait9Un jour d’avril, fin des années 50, Isabel est en cours aux Beaux-Arts dans l’atelier d’Art Monumental de Jean Souverbie. Adepte du nombre d’or, ses cours sont plutôt austères, mais le professeur livrera un sésame pour aller au soleil :

– Ibiza !

Avant d’être le berceau de la musique électro, Ibiza est à cette époque une terre hippie. Y règne la libre pensée. L’île offre une oasis de liberté face à la dictature franquiste. Celle-ci s’éteint seulement en 1977.

L’album dédicacé de Jean-Pierre Sudre, en noir et blanc est un témoignage touchant du bonheur de ces années insouciantes, des sorties en bateaux pneumatiques avec les amis, des bivouacs improvisés sur les plages.

(Photos de Jean-Pierre Sudre prises à Ibiza entre le 11 et 25 août 1964)

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– Mais non, l’avion n’arrivait pas à Ibiza s’exclame Isabel

On prenait le train jusqu’à Barcelone et ensuite le bateau pour une longue traversée, et quelle traversée !

La première fois, Isabel était partie avec un manteau rose en tissus définitivement trop léger. Elle était frigorifiée. Surtout, erreur, ils n’avaient pas pris de cabine !

– On ne l’a jamais refait après sans s’assurer de réserver une cabine pour la traversée.

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Isabel Echarri et Diego Etcheverry

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Isabel Echarri à Ibiza, en 1964

Les premières années, Isabel, Diego et Inès s’installent dans des locations à Ibiza. Ils sont vite tout un groupe à passer l’été sur l’île; élèves des beaux-arts, des arts décoratifs, amis comédiens …

Pour expliquer l’esprit et l’ambiance de l’époque, Isabel raconte.

– Une année, nous avions loué une barge, un bateau de transport de sable. Nous voulions faire le tour de l’ile.

La joyeuse bande s’aventure sur l’ile de Formentera, à la pointe Es Palmador.

– On dormait sur la plage et puis le valet d’une grande maison nous a sommé de partir. Cela chahute un peu. La plage est à tout le monde ! Le lendemain, le propriétaire nous accueillait avec beaucoup plus de bienveillance. Le valet avait dû être réprimandé !

Isabel, Diego, Inès et Hannibal leur chien pouvaient poursuivre leur exploration de l’île.

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Inès Etcheverry, en 1964

sudre-paysage-3C’est en arrivant à Es Calo qu’Isabel et Formentera ne formeront plus qu’un. La lumière est extraordinaire !

– J’en deviens folle ! selon ses propres mots.

C’est décidé il leur faudra une maison sur cette île. En attendant, une Suédoise leur en loue une.

Un ami, Raymond, les prévient. Il y a une maison à vendre.

Ils aiment !

Les dépendances sont là pour les ateliers. La maison est grande. Ils l’achètent en 1966, pour s’y installer en 1967.

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Isabel et Diego se partageront donc entre Paris et Formentera. Chacun y aura son atelier. Chacun pourra y travailler à son rythme.

Isabel aurait préféré « quelque chose » à La Mola, cette montagne en surplomb de la mer, à la pointe est de l’île battue par les vents.

– Tu sais, je suis plutôt d’humeur solitaire, là-bas, personne ne vient te déranger dit-elle dans un éclat de rire.

Elle ajoute,

– Mais, tu vois, ce qui est bien depuis la maison, c’est qu’on voit Ibiza ! Depuis La Mola, tu ne sais pas où tu es, tu ne vois que la mer, tu pourrais être en Grèce !

Par Lionel Baert le 10 novembre 2016

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