La rencontre

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Dominique pendant ses entretiens avec Isabel à Paris

Bd Jourdan, à deux pas de la porte d’Orléans, dans un de ces immeubles en brique de la ville de Paris.

L’interphone est en panne. Lionel téléphone à Isabel qui descend nous ouvrir. Une toute petite femme vêtue de noir, cheveux rouges coupés très courts, yeux noisette largement soulignés d’un trait noir.

Le regard est droit, scrutateur et interrogateur à la fois.

– Tu es qui, toi ?

Elle nous invite à monter dans l’ascenseur, en nous serrant bien on tient à trois. Damien s’est déjà enfui dans les escaliers avec toute la fougue de ses 28 ans. Et c’est lui qui nous accueille au dernier étage en compagnie d’un homme âgé de petite taille, aux longs cheveux blancs qui ondulent autour d’un visage très doux et beau. Il a de grands yeux sombres en amande, un regard paisible. Diego. Le mari d’Isabel. Il est vêtu de teintes claires, un long pull tunique, un pantalon en coton grège.

Nous entrons. Ici, on vit près du sol couvert de tapis. Un canapé et une table ronde, très bas. Des tentures en patchwork encadrent les portes fenêtres. Patchwork encore sur les murs. Des triangles de velours de couleurs douces. Quelque chose des années 70 survit ici. Beaucoup d’œuvres d’art premier. Accrochée au mur au dessus du canapé, une imposante œuvre faite de cordage et de laine. A n’en pas douter, une création d’Isabel. Un escalier indique un étage. Un appartement en duplex ? La montée vers l’atelier ?

Nous prenons le café, nous grignotons des marrons glacés et des amandes. Nous faisons connaissance sous la houlette de Lionel. C’est lui qui nous a entraînés Damien et moi dans cette aventure. Faire connaître le travail d’Isabel sur internet. La faire passer du plan analogique au plan numérique. Et puis nous voilà partis à l’assaut de l’escalier qui monte directement du séjour.

Nous débouchons sur une petite pièce qui ouvre sur un couloir, manifestement un couloir de chambres de bonnes, puis sur l’entrée d’un atelier. Un espace comme resserré dans sa profondeur. Sans doute la profondeur d’une chambre de bonne avec double de plafond et baie vitrée. L’impression étrange que c’est une ironique conjoncture du destin d’avoir allié cet atelier d’artiste sous-dimensionné à des êtres petits de taille. Mais c’est sans doute ma nature de grande femme nordique qui se compare à celle de petite femme espagnole.

– Ici, c’est l’atelier de Diego.

Oui, car Isabel a toujours travaillé avec Diego sur les décors et costumes d’opéra.

– C’est important de travailler sur les deux, me dit-elle avec ce regard qui s’offre, qui a envie de parler de l’âme de son travail.

Je l’encourage en me mettant à son écoute du regard :

– Parce qu’il ne peut pas y avoir un décor et des costumes qui ne s’entendent pas. C’est très important qu’il y ait cette harmonie, c’est pourquoi nous avons toujours voulu faire les deux.

Et je comprends qu’elle me parle de la scénographie comme d’une œuvre, une œuvre à part entière. Et elle a raison, bien sûr. C’est un tout. Ce que le spectateur voit, c’est un cadre, celui de la scène, dans lequel bougent des personnages (chanteurs, danseurs, comédiens, des humains, quoi). Tout ce que ce cadre contient, c’est l’affaire de l’artiste. En l’occurence, des artistes Diego et Isabel. Le décor, les costumes. Ils en font leur affaire. Ils le mettent en cadre, exactement comme fait Isabel avec les œuvres que je vois maintenant dans son atelier qui jouxte celui de Diego. En cadre, en boîte, en livre objet. Circonscrit, en tout cas.

Nous entrons dans l’atelier d’Isabel. Identique à celui de Diego. Mais… Celui-là est foisonnant, d’emblée il affole le regard. L’œuvre se déploie partout, elle s’exhibe par les dernières créations, elle se laisse soupçonner par les étagères gonflées de choses sous papier bulle, elle se laisse envisager par les outils soigneusement accrochés aux clous fixés sur une planche au mur de la fenêtre qui colle à la baie vitrée, à gauche.

Déjà Damien se met au travail. Il est lui aussi, immédiatement, saisi de toute cette vie qui frémit, qui n’attend que de se déployer. Je mesure brutalement, mais comment ai-je pu l’ignorer, toute l’ampleur de la tâche.

Et il y a ce moment délicat où il s’agit d’appréhender l’artiste et l’œuvre, mais pas en même temps, Même si pourtant, oui, en même temps. Il faut bien commencer par dissocier les deux, pour après les réunir. L’ampleur de la tâche, quoi. Un rien de découragement. Le regard d’Isabel ne nous lâche pas. Elle est totalement là, investie dans son œuvre en même temps que dans ce no man’s land que nous ouvrons avec notre proposition de la faire connaître au public le plus large. Le regard d’Isabel nous interroge. Il n’y a pas de crainte, ni de défiance, aucune servilité non plus. Ce petit bout de femme c’est de la droiture incandescente.

Et nous, et bien on cherche comment aborder tout ça : elle et elle. Mais on ne peut pas déchoir, on va trouver. On va s’organiser, se répartir les tâches.

Dominique Dreyer raconte la première visite du 27 février 2016

Le 9 mars 2016

 

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